La majorité écrasante des pauvres modernes se fait de l’émeute une idée encore plus vague que ces dirigeants qui y sont confrontés. D’abord elle calque son opinion sur celle des informateurs : l’émeute est un excès regrettable. Le dialogue et la sagesse ont failli. Comment a-t-on pu en arriver là, ou plutôt, laisser en arriver là ? Pour toute réponse à cette pseudo-question, il y a, tout prêt à l’avance, un pseudo-sentiment, la désolation. Alors que pour l’émeutier l’émeute transforme une émotion en pensée consciente, pour le spectateur l’émeute transforme la raison en pseudo-émotion. Et il est donc incapable de communiquer avec l’émeutier qu’à son image il prive de toute responsabilité de l’émeute, même s’il le condamne. Ce pauvre moderne, absent de l’émeute comme de toute l’histoire, regrettera, navré, qu’on n’ait pas assez serré les boulons ou vissé les réformes, comme si l’émeute était, à son image, une erreur de gestion, tout ce qu’il y a de plus bête.